Rendez vous pris avec Ben vendredi soir devant le départ de la mythique
benne de la world compagnie of ze aiguille du Midi en compagnie du mythique ben !
Programme alléchant qui nous attendra ces prochaines heures : le très joli éperon Frendo en face nord de l’aiguille… 1300 mètres dont 1000 en rocher et une sortie en neige pour le
moins aérienne et serre-miche tout en haut de l’immense toboggan de la face nord !
Et cerise sur le gâteau, on a choisi le bivouac à mi- paroi afin d’être de bonne heure, de bonne humeur dans la délicate sortie.
L’approche bucolique en compagnie d’un gazon parsemé des plus jolies fleurs, se transforme petit à petit : nous atteignons la moraine du glacier des Pèlerins, puis prenons pied sur ce
même glacier.
Derrière nous, le gendarme du Peigne nous nargue fièrement, plus loin, plus haut, la protogine chamoniarde magnifié par le soleil de cette fin de journée…
Des moments comme ça où l’on est heureux d’être à deux tous seuls dans cette grande face, simplement réunis par le plaisir de grimper ensemble, d’être « là » et de partager ça avec un
compagnon cher ! Que demander d’autres
Le couloir d’attaque s’offre maintenant à nos yeux, la rimaye béante vu du névé d’approche, se passe bien plus facilement que prévu…ca y est c’est parti !
Nous progressons sans nous encorder dans ce couloir-pierrier pendant 100 m jusqu’au changement de direction, au pied d’un gros béquet sanglé.
Les longueurs, tantôt en dalle, tantôt en coincement et ramonage typiquement chamoniards s’enchaînent bien…Quelques vieux coins de bois nous rappellent que cette voie à été ouverte en 1942 et que
l’engagement à l’époque n’était pas un vain mot ! Une bonne journée pour aller au pied de la voie (pas de benne !!), l’ascension proprement dite, puis le long retour par le glacier
d’envers du plan, puis le refuge du requin…. Un sacré voyage pour nos anciens !!
Même si l’engagement à diminué du fait de la proximité du téléphérique, cette course n’en demeure pas moins belle et sérieuse où le sens du cheminement est mis à rude épreuve.
Mais je m’échappe….revenons à notre vendredi soir…
A 21 heures, après 3 heures d’escalade, nous choisissons de dormir sur les terrasses de l’éperon à 3100m environ. Bivouac 3 étoiles là haut !!!! 10 Milliards même tant le début de nuit est
clair !
Après un souper léger on s’endort, fatigué de la journée et du bonheur d’être ici…en priant pour que les nuages entrevus ne nous apportent pas la pluie pendant la nuit
Et c’est toujours au moment où l’on s’y attend le moins qu’un truc arrive…1 heure du matin : une goutte, puis une autre, puis…. Moment de doute : qu’est ce qu’on fait ? On attend
que ça passe !!!
Heureusement les quelques averses n’auront pas trop affectées notre moral et c’est avec bonheur qu’on ouvre un œil, puis l’autre vers 5h30
Le petit déjeuner s’avale rapidement et l’on repart corde tendue sur le fil même de l’éperon
Les premières longueurs un peu humides demandent plus d’attention que la veille, mais nous rattrapons rapidement le soleil sur le haut.
Un crochet à gauche nous permet d’éviter le raide bastion sommital, lorsque la paroi raide se redressait encore (on dirait du Rebuffat, hein ??) : le creux de la voie, le pas de
bloc de l’éperon, la renfrougne du ramoneur…Ben nous montre ses talents de bricoleurs dans 5 petits mètres en A0-A1 dans un gros mur compact
Bientôt nous atteignons le sommet de l’éperon proprement dit.
Plutôt à l’aise sur le caillou, je passe le relais à Ben-qui-sait-tout-faire !
« L’arête de neige déjà verticale se redressait encore ….»
Pas le droit de se tromper dans cette neige inconsistante sinon c’est pizza en bas, options sans anchois, sans champignons !!!
Les mètres s’avalent, Ben me rassure, Ben assure…ah si seulement c’était une blonde à forte poitrine, je crois bien que j’aurais mimé le malaise, la perte de connaissance
Je m’accroche à ses propos rassurants et c’est dans cette ultime longueur entre ciel et terre dans cette goulotte que je me libère un peu
La sortie sur l’arête midi plan est belle, nous sommes sur le plancher des vaches, nous sommes heureux…
L'itineraire ouvert par E Frendo et R.Rionda le 11 Juillet 1941 est une très belle course mixte d'altitude, grande ampleur, cadre magnifique, une des plus belles du
massif dans ce registre de difficulté.
Les conditions sont facilement
repérables en arrivant sur Chamonix, à hauteur du village des Pélerins.
Itinéraire: De la base de l'éperon à
la sortie de la voie, compter 6h00 à 8h00.
S'élever aisement en terrain mixte en ascendance vers la droite, puis vers la gauche le long d'une vire raide, au pied d'un ressaut raide bien visible et idéal pour repérer l'attaque de
l'itinéraire. On aborde ensuite un système de fissures cheminées verticales. Les remonter sur 100 m environ (III) et déboucher sur l'arête. Rejoindre, par des
systèmes de vires et dalles fracturées, sans trop s'éloigner de l'arête, une large terrasse horizontale sur un épaulement rocheux, sous un raide bastion. Se tenir sur le flanc gauche de l'éperon
et remonter une fissure (IV, piton, raide) dans un magnifique rocher compact. Poursuivre sur le flanc gauche de l'éperon, puis son fil sur 2 longueurs par des séries de fissures, feuillets et
dalles (trés varié, IV).On rejoint alors la base de l'arête de neige caractéristique. Remonter une petite pente de neige vers la gauche et prendre pied sur l'arête que l'on remonte jusqu'au
dernier bastion rocheux. Peu raide et trés éffilée au départ, elle s'élargie et se redresse progressivement ...
Du haut de l'arête, il existe 3 solutions :
1- Tirer à droite en longeant la base de l'éperon sommital sur 50/60 m. Remonter ensuite le raide couloir de neige ou de glace qui mène directement à l'arête sommitale de l'aiguille du Midi
(60/65°), trés rapide. Il est possible de tirer encore plus à droite et de rejoindre les pentes de sortie de la Mallory-Porter (le plus facile, mais le moins élégant, attention aux conditions de
neige).
2- Tirer à gauche et remonter les pentes de neige ou glace de plus en plus raide tout en longeant les rochers. Passage clef : 20 m jusqu'à 80°. Relais équipés.
3- Aborder le ressut rocheux par la gauche et remonter de grandes dalles jusqu'au pied d'un couloir de glace. L'éviter par la droite, par la première fissure (celle de gauche) que l'on remonte
jusqu'à ce qu'elle surplombe. La quitter pour la fissure de droite (délicat, V) pour quelques mètres, puis revenir à gauche. Traverser à gauche horizontalement et gravir un couloir mixte
évident
Approche buccolique au ras des paquerettes............
Au milieu des gendarmes et aiguille du peigne, on a un peu l'impression d'être seuls au monde....si le
chassé-croisé des télécabines de la world compagny ne nous ramenaient pas les pieds entre les paquerettes...justement !
Le couloir d'attaque bien sec en cette fin
juillet
Ca engageait dur les anciens !
Coucher de soleil depuis l'eperon...on est bien
La soirée allait être arrosée, mais pas comme on l'esperait ...
Partis le lendemain à 7 heures du bivouac nous voici dans la partie terminale, sous le passage en 5m d'artif et juste
avant de rejoindre l'arête neigeuse
Fin des difficultées rocheuses...on prend pied maintenant sur cette arête fine et aéreinne entre terre et ciel
Quand je dis fine, c'est F-I-N-E !
Apres une bonne partie neigeuse à ne pas sous estimer, nous voilà, enfin avec Ben sur le plancher des vaches, heureux
!!!
Merci Ben pour ces supers moments passés là haut !!!